Pourquoi l’ontologie reste stratégique à l’ère de l’IA

Accueil » Archives pour 2 juillet 2026

L’ontologie nationale DATAtourisme passe en version 3.2. Cette évolution est l’occasion de revenir sur ce qu’est une ontologie, sur le rôle qu’elle joue dans le dispositif national, et sur les raisons pour lesquelles elle reste plus stratégique encore à l’heure de l’intelligence artificielle.

Une ontologie, c’est quoi exactement ?

Le mot peut impressionner. Il évoque la philosophie, la question de l’être, quelque chose d’abstrait, voire de poussiéreux. En réalité, dans le monde des données, une ontologie est un objet très concret : c’est une manière de décrire un domaine de façon claire, structurée et partagée.

Une ontologie, c’est d’abord une grammaire et un vocabulaire communs. Elle dit quels sont les concepts qui existent dans un domaine (un hébergement, un événement, un itinéraire etc.), quelles relations les relient, et quelles règles s’appliquent. Par exemple, un hébergement peut avoir une capacité, être situé dans une commune et proposer certains équipements.

Une ontologie modélise le réel à partir de concepts et de relations. Représentée sous la forme d’un graphe de connaissances, elle donne du sens aux données et permet de les rendre plus compréhensibles, plus cohérentes et plus réutilisables.

L’ontologie nationale : un bien commun

@pexels • Canva

L’ontologie nationale DATAtourisme modélise plus de 550 000 POI dans un graphe de connaissances commun, produit localement et diffusé nationalement. Les données sont aujourd’hui connectées entre elles par plus de 68 millions de relations.

Donnnée locale

Production par les offices et agences territoriales

language commun

Alignement et modélisation de la donnée

diffusion nationale

Réutilisation par les acteurs de l’écosystème.

Sans ontologie, chaque territoire décrirait le tourisme avec ses propres catégories, son propre vocabulaire et ses propres logiques. Avec elle, les acteurs partagent une même grammaire. C’est ce qui rend possible l’interopérabilité, la mutualisation et, au fond, la visibilité collective de l’offre touristique.

Cette ontologie s’est construite au fil des besoins métiers. Elle intègre une grande diversité de types, de thèmes et de valeurs de référence, avec une ambition forte : décrire finement la réalité touristique des territoires à travers les points d’intérêt et leurs multiples dimensions. À ce titre, elle constitue l’un des cadres les plus structurants mis en place ces dernières années pour organiser et diffuser la donnée touristique institutionnelle.

L’IA ne rend pas les ontologies obsolètes, elle les utilisent pour contrôler ses réponses

@danielgonzalezphotographer • Canva

Cette richesse peut bien sûr être discutée. À l’heure de l’IA, faut-il encore un tel niveau de structuration ? Certains pourraient être tentés de penser que les grands modèles de langage rendent ce type de travail moins nécessaire. C’est pourtant l’inverse : plusieurs travaux récents1 montrent l’intérêt d’articuler les grands modèles de langage avec des structures de connaissance explicites, en particulier des ontologies et les graphes de connaissance qu’elles permettent d’organiser, surtout dans les contextes où la fiabilité et la traçabilité des réponses sont déterminantes. Ces approches consistent à ancrer les réponses d’un LLM dans un graphe de connaissance structuré, ce qui améliore la fiabilité et réduit les hallucinations.

Les modèles d’IA sont puissants, mais ils reposent largement sur des corrélations statistiques. Ils repèrent des régularités, rapprochent des termes et reformulent avec fluidité. En revanche, ils ne stabilisent pas toujours le sens de manière explicite. C’est précisément là qu’une ontologie conserve toute son importance : elle fournit un cadre de référence partageable et explicite, sur lequel les traitements peuvent s’appuyer.

L’enjeu n’est pas seulement technique. Il touche à la capacité des offices et comités du tourisme à produire et diffuser, dans un environnement informationnel de plus en plus saturé, une donnée fiable, lisible et contextualisée.

Pourquoi l’ontologie reste essentielle ?

@pexels • Canva
Parce que l’ontologie explicite le sens de la donnée

Prenons une abbaye. Une IA peut reconnaître qu’il s’agit d’un lieu culturel parce qu’elle a été exposée à des millions de textes où les mots abbaye, patrimoine ou monument apparaissent ensemble. Mais elle procède alors par rapprochement statistique. Selon le contexte, elle peut hésiter : s’agit-il d’un site religieux ? d’un monument historique ? d’un lieu adapté aux familles ? Elle capte une proximité de sens sans toujours la stabiliser de façon cohérente.

Cette incertitude ne conduit pas nécessairement à une erreur manifeste sur le lieu lui-même. En revanche, elle peut affecter la manière de le qualifier, de le contextualiser et de l’adresser au bon public.

L’ontologie établit ce sens de manière explicite. Elle précise ce qu’est une abbaye, à quelle catégorie elle appartient et quelles informations peuvent lui être associées : horaires, tarifs, accessibilité, publics cibles, thématiques, etc. Elle ne supprime pas toute interprétation, mais elle donne un cadre plus clair pour comprendre et mobiliser l’information de manière fiable.

Parce que l’ontologie relie les données dans un cadre cohérent

À l’heure de l’hyperpersonnalisation, recommander finement suppose de pouvoir relier les informations entre elles et d’inscrire les objets touristiques dans un contexte plus large.

Un point d’intérêt touristique n’est pas une simple fiche statique. Reprenons l’exemple d’une abbaye : reliée à des données d’affluence, à la proximité d’un chemin de randonnée, d’un marché local ou à des éléments de récit sur le territoire, elle ne constitue plus seulement un lieu à visiter, mais un objet mieux contextualisé, capable d’alimenter une recommandation plus pertinente.

C’est précisément l’un des apports majeurs d’une ontologie : articuler des données hétérogènes dans un cadre cohérent. Elle ne crée pas à elle seule de nouvelles informations, mais elle permet de les organiser, de les relier et de les rendre plus facilement mobilisables. Pour une IA, cette différence est déterminante : elle change la manière dont la donnée peut être exploitée et contribue à améliorer la qualité des réponses produites.

Ontologie nationale : la version 3.2

La version 3.2 enrichit certaines valeurs de référence, clarifie certains types et renforce le travail de définition des termes. C’est un point essentiel : faire évoluer une ontologie, ce n’est pas seulement ajouter de nouveaux éléments, c’est aussi mieux expliciter le sens des concepts et le partager plus clairement.

Cette version marque une nouvelle étape, pour formaliser les connexions entre les systèmes d’information spécialisés du tourisme. Par exemple, pour mieux qualifier certains enjeux comme l’accessibilité en reprenant les informations des systèmes experts sur le sujet avec les données déjà présentes dans DATAtourisme. Elle est le fruit d’un travail collectif et continu mené au sein du comité technique DATAtourisme et de ses partenaires, associant techniciens et métiers. En ce sens, chaque évolution de l’ontologie est aussi un acte de gouvernance : elle dit collectivement ce que la donnée touristique doit signifier.

Ressources

L’ontologie nationale 3.2 est consultable sur Adullact, avec sa « release note » pour consulter les modifications de version. Elle est aussi consultable dans une version déréférencée, qui permet d’explorer plus directement les concepts, relations et définitions.


  1. Juan Sequeda, Dean Allemang, Bryon Jacob (2025), Knowledge Graphs as a source of trust for LLM-powered enterprise question answering. ↩︎